"Est-ce que la sophrologie va me guérir ?"

Cette question m'est souvent posée en ce moment.

Ou encore  : "Est-ce que vous allez  guérir mes douleurs ?"

    Pas de baguette magique

Mon premier réflexe serait d'expliquer que la sophrologie est une pédagogie de l'autonomie et que je ne suis ni gourou, ni fée.

J'ai à côté de moi une personne qui souffre et qui espère que je vais pouvoir la soulager.

Lui dire : "la sophrologie agit sur la souffrance autour de la douleur" serait certainement décourageant et difficilement compréhensible.

Avant tout je choisis de lui faire vivre un moment de relâchement.

    D'abord la relaxation

La suite dépend de sa facilité à  se relâcher.

Je guète un signe, un changement dans le regard, un soupir, un étirement suivi de quelques mots, comme : " l'espace d'un instant je n'ai plus pensé à ma douleur".

 

    "L'espace d'un instant oublier sa douleur grâce   au relâchement.

Cela  fait un certain temps que la douleur s'est installée chez cette personne en y prenant  de plus en plus de place et en la privant de projets.

Elle a consulté un grand nombre de médecins, elle a des résultats d'analyse, elle prend des antalgiques mais la douleur est là, et seule ou dirigée par les médecins qui ne peuvent pas lui nommer son mal,  elle se tourne vers d'autres méthodes.

Je comprends son attente il faut maintenant la confronter au présent, lui parler de  la souffrance.

    Douleur et souffrance

Là,  j'appelle souvent les mots de Christophe André à la rescousse : " tous ces mouvements de mon esprit autour de la douleur, c'est ce qu'on nomme la souffrance".

C'est la peur, quand on a mal, que cette douleur soit là en permanence, que ce soit un cancer, une mort imminente.

C'est la culpabilité : "si j'ai mal c'est à cause de ce que j'ai fait" (ou pas fait)

C'est la colère : "pourquoi moi ?, c'est injuste ...

Toutes ces pensées douloureuses  font  focaliser sur la douleur,  privent de tout ce que la vie autour  peut  apporter de bien. Elles  nous ferment aux autres, nous emprisonnent. Comme celui qui se contracte au moment d'une piqûre et rend ainsi l'introduction du liquide encore plus douloureuse, elles augmentent encore l'intensité de la douleur.

 

    La sophrologie agit contre la souffrance.

La douleur c'est le ressenti : ça pique, ça brûle, ça lance ....

Nous  pouvons à la fois peu et beaucoup sur la douleur.

Peu, car elle fait partie de notre vie que nous l'acceptions ou pas.

Beaucoup si nous concentrons notre énergie contre  la souffrance au lieu de nous épuiser dans des ruminations sans fin.

    Témoignage de Françoise Héritier

Françoise Héritier, qui m'a déjà inspiré un article sur ce blog,  témoignait à la radio de l'importance qu'avait eu pour elle un coucher de soleil. Elle était gravement malade et craignait de ne pas s'en sortir. La douleur l'obligeait à rester sur son lit d'hôpital mais par la fenêtre elle a vu soudain un magnifique coucher de soleil, et c'est ce souvenir qu'elle a gardé de ce jour, malgré la douleur, le bonheur d'avoir participé à ce moment de se sentir vivante.

    Accepter la douleur

Accepter parce que c'est le seul moyen de la circonscrire.

Accepter mais non se résigner.

Accepter pour se donner les moyens de tout  connaître d'elle, de  saper ses pouvoirs.

Accepter pour pourvoir relâcher les tensions qui lui donnent encore plus de force.

    Combattre la souffrance.

Se concentrer sur sa respiration,   rester connecté à ses ressentis corporels sans douleur et reprendre la main sur les pensées douloureuses c'est un apprentissage. Les pensées ne sont pas la réalité.

J'utilise la sophrologie et la méditation pleine conscience  en fonction de l'état du moment pour entraîner la personne à renoncer aux : "pourquoi ? " (pourquoi j'ai mal, pourquoi moi)  pour laisser la place aux "comment ? " (comment je peux faire pour vivre le mieux possible malgré cette douleur).

Lorsque les projets reviennent, les séances peuvent s'arrêter, mais pas l'entraînement !

    Ma réponse

Oui, la sophrologie va vous permettre de laisser moins de place à votre douleur, chaque entraînement est une étape vers un peu plus de bien-être. Chaque fois que vous prendrez  quelques minutes pour vous, vous regagnerez un peu plus de liberté.

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Commentaires: 2
  • #1

    Sandrine Moreau (dimanche, 06 mars 2016 19:53)

    Tous les mots sont très justes.
    Accepter la douleur mais ne pas se résigner.
    L'espace d'un instant oublier sa douleur grâce au relâchement...
    Passer du pourquoi au comment.
    Très bel article

  • #2

    sylvie deguisne (lundi, 21 mars 2016 09:04)

    Merci Odile pour ce bel article ; je tâcherai de me souvenir de cette belle image du coucher de soleil ! Et effectivement on ne peut pas lutter contre sa => LA douleur mais l'apprivoiser pour qu'elle ne prenne pas le pas sur notre être ! A ce propos, J'ai de bons retours de la clinique de la douleur à Purpan, qui semble être à l'écoute de l'être dans sa globalité. A bientôt j'espère !
    Sylvie