"Nier les ressentis est une violence extrême".

Le travail rend malade la perte d'emploi encore plus.

      Thème de l'émission "la tête au carré" de  jeudi  15 janvier sur France Inter : le chômage et les conséquences  d'une  perte d'emploi,  souvent accompagnée d'une perte de vie sociale, sur la santé et  l'espérance de vie des chômeurs.

      Des statistiques récentes prouvent, qu'au même âge, les personnes au chômage sont en moins bonne santé que celles qui ont un emploi.

Qui écoute les chômeurs ?

      La personne au chômage subit  souvent un stress immédiat mais plus la recherche d'emploi est longue plus son bien-être, et donc sa santé, se dégrade rapidement et profondément. Sans moyen, ni lieu pour exprimer ce qu'elle ressent (peine, colère, peur, perte d'estime de soi...), elle a de plus en plus de mal à faire face à des recruteurs qui veulent des "battants".

      Chaque démarche infructueuse n'est pas imputée à l'état du marché du travail mais à ses manques personnels.

      Elle est victime de la guerre économique mais elle se juge seule responsable et les autres la confortent dans ce jugement. Elle subit une véritable souffrance psychologique et à ce titre elle a besoin de soutien, d'écoute, de relations humaines, mais, par manque de moyen financier  ou de connaissance de cette alternative, elle ne se fait pas aider, sauf par le généraliste, s'il peut l'écouter.

     Elle peut alors tomber dans une addiction (médicaments, alcool...) ou en dépression.

Une particularité française.

      La semaine dernière les attentats ont provoqué de l'anxiété, de la peine et de la colère. Ce sont des réactions normales, comme les pleurs qui les accompagnent. Elles permettent d'exprimer les émotions.

      Si elles ne s'installent pas dans la durée, aucun médicament n'est nécessaire. C'est d'échanges, d'écoute attentive, de soutien, de liens, comme l'ont montré les marches solidaires, que les personnes ont besoin, et de temps. 

   Pourtant des statistiques montrent que la consommation de somnifères et d'anxiolytiques a considérablement augmenté depuis  le 7 janvier en France. La médicalisation des émotions qui ne sont que des réactions normales à des chocs subis (peur intense, perte d'un être cher,...) est une particularité française critiquée par les participants de l'émission.

      Dans son dernier livre Boris Cyrulnik dénonce cette dérive, pour lui, nous allons vers un traitement à deux vitesses des souffrances psychiques.

Méthodes alternatives pour les riches, médicaments pour les autres.

De plus en plus il y aurait :

- des centres de soins réservés aux personnes aisées où les souffrances psychiques seraient prises en comptes par un nombre important de thérapeutes formés aux méthodes  dites alternatives (dont la sophrologie fait partie) pour prendre le temps de les  écouter et les laisser retrouver leurs propres ressources

- des hôpitaux psychiatriques où, faute de personnel de moyens et de temps, les médicaments suffiront.

Psychique ou somatique.

     La douleur psychique serait considérée uniquement somatique et comme telle  priée de partir rapidement avec quelques pilules. Tant pis si il y a un risque d'addiction, si la période de sevrage crée des souffrances et si cette médication prive complètement les patients d'autonomie pour leur santé.

     Plus grave encore cette pratique  sous-entend  qu'une personne "normale" n'a pas besoin d' exprimer ses émotions.

Même pas peur !

    Ce qui n'est pas souhaitable pour les adultes l'est encore moins pour les enfants. Les enfants  qui ne peuvent pas exprimer leurs émotions, qui n'ont pas la possibilité de pleurer lorsqu'ils ont de la peine ou de parler de leur peur librement et de la faire reconnaître par les adultes, passeront plus facilement à l'acte  sur eux ou sur les autres.

Les émotions c'est comme le vocabulaire ça s'apprend.

      Une étude faite sur des jeunes délinquants arrêtés pour des actes barbares  a démontré qu'ils étaient incapables de reconnaître sur les traits de visages qu'on leur montrait,  la tristesse. Ils ne connaissaient pas cette émotion pour eux les expressions qu'ils voyaient traduisaient de la colère. Comment dans ce cas s'étonner qu'ils n'aient aucune empathie pour leur victime.

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Commentaires: 2
  • #1

    DEGUISNE (lundi, 19 janvier 2015 08:16)

    Merci Odile pour cet article !
    Particulièrement concernée par le premier paragraphe puisque en recherche active d'un poste depuis septembre, soit 5 mois...et souvent démunie, je ne peux qu'adhérer ! mais heureusement il existe des structures d’accueil (nous en avons une belle sur le SIcoval par ex.) qui permettent de se rencontrer, d'échanger sur des problématiques communes, bref de se libérer un peu ! alors avis à tous les chômeurs qui se sentent exclus (et sont de fait exclus), ne restez pas chez vous, sortez, parlez !

  • #2

    Corinne Jacquet (lundi, 26 janvier 2015 13:34)

    Merci pour cet article très intéressant, Odile.
    "Exprimer" tout simplement ses émotions au lieu de chercher à les "gérer" de manière plus ou moins adaptée... Encore faut-il, comme tu le soulignes, savoir les reconnaitre, les accepter comme une manifestation normale et trouver un espace pour les exprimer. Ce n'est certes pas chose facile dans nos sociétés...